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Arcachon -  Le blog de  Charles-Albert Lucas

Ce blog est destiné à rendre compte de l'action de Charles-Albert LUCAS conseiller municipal d'Arcachon siégeant dans l'opposition divers droite et décidé à mener une véritable opposition à la politique et aux méthodes adoptées par Y. Foulon sur Arcachon et sa région. Vous pouvez vous abonner gratuitement et adresser des messages en utilisant les rubriques "abonnement" et "contact" dans la barre des menus. Vous pouvez également consulter quelques articles de fond dans la rubrique "Page". La rubrique "Archives" est classée par ordre chronologique. La rubrique "Catégories" vous permet d'accéder aux articles par thème .

Ci-dessous un passionnant article publié dans le...

Ci-dessous un passionnant article publié dans le quotidien LE MONDE du 10 MAI dernier sous la signature de Philippe Vadjoux

Quittons ce modèle économique destructeur grâce à nos initiatives
La responsabilisation du consommateur, la participation du citoyen et la démocratisation des entreprises montrent qu'un autre système est possible… et souhaitable pour la planète
Tous les jours, nous sommes confrontés à une multitude de dérèglements, de régressions, qui nous font douter de la cohérence de notre économie et de la justice de notre société. Nous -devrions approuver l'obsolescence programmée (ce gâchis conçu dès les années 1930), l'évasion fiscale des grands groupes internationaux (dont le montant équivaut à nos déficits publics), la persistance des paradis fiscaux (où se retrouvent banques, -grandes entreprises et mafias), les délocalisations, la précarisation des jeunes (et la multiplication du nombre de milliardaires)… Avec la même docilité, nous devrions admirer la " fabrique du mensonge " des industriels pour nier les effets nocifs du tabac, du sucre, de l'amiante, de certains médicaments, des pesticides, du pétrole, du gaz ou du charbon…

Pourtant, des économistes (Daron Acemoglu et Joan Robinson) ont remis en cause la théorie du " ruissellement " – toute la population pro-fiterait de la richesse produite par les plus riches –, en montrant que les -dirigeants économiques accaparaient la plus-value au détriment du reste de la population. D'autres ont souligné que l'accroissement des inégalités sociales était source de crise économique (Paul Krugman, Camille Landais, Thomas Piketty).

Et si les fondements même de cette économie marchande étaient faussés ? Faut-il continuer d'admettre la vision réductrice de l'Homo economicus présentée dans le libéralisme – un être cupide –, alors même que des chercheurs (Marcel Mauss, André Gorz, Bernard Stiegler, Jon Elster) ont souligné la -diversité des comportements humains – effet d'imitation, goût du partage, créativité ? La découverte des " neurones miroirs " par le biologiste Giacomo Rizzolatti a confirmé l'importance de l'empathie dans le fonctionnement du cerveau.

Comment ne pas rappeler que l'effet de serre a été découvert par Svante -Arrhenius dès la fin du XIXe siècle ? Les émissions de gaz carbonique ont été depuis multipliées par cent… Les interactions de l'activité productrice et de la biosphère ont été identifiées sous le terme d'" externalités " dès les années 1920, par Alfred Marshall et -Arthur Pigou. Il est prouvé qu'elles sont essentielles dans le processus économique, alors qu'elles n'ont pas été prises en compte… L'économie marchande est fondée sur des boussoles imparfaites et même partiales. Une entreprise peut dégager de gros profits tout en provoquant des maladies -professionnelles ou des pollutions coûteuses. Un pays peut réaliser un fort produit intérieur brut (PIB) tout en dilapidant ses ressources naturelles ou en détruisant ses espèces animales.

Pour une mutation durable
Le point essentiel est que l'économie marchande n'est pas une fin en soi ; elle s'encastre dans le cercle des activités humaines, et dans le grand cercle de la biosphère (Karl Polanyi et René Passet). Peut-on enfin ouvrir les yeux et concevoir une économie respectueuse des êtres humains et de l'environnement ? Il s'agirait d'une véritable mutation, durable, globale, presque biologique (au sens d'Edgar Morin). Le ressort de cette mutation est l'initiative, individuelle ou collective.

Le consommateur peut être responsable. Dès le XVIIIe siècle, des consommateurs ont boycotté le sucre produit grâce à l'esclavage. Aujourd'hui, les actions se diversifient : marchés de proximité, labels écologiques, commerce équitable, économie de partage, gratuité. Des initiatives qui remettent en cause les fondements de l'économie traditionnelle (Jeremy Rifkin).

Le citoyen veut participer. La vie politique représentative fondée sur l'élection de politiciens quasiment professionnels est contestée. La société n'est pas figée, elle doit s'appuyer sur des débats, des expériences, des évaluations pour progresser. La démocratie n'est pas seulement une institution, c'est un mode de vie qui doit s'enrichir de la vie associative pour se renouveler (John Dewey).

L'entreprise doit être démocratisée. La réalité des grandes entreprises montre que les actionnaires sont extrêmement instables, alors que l'expérience, la compétence, l'innovation sont entre les mains des salariés. Des expériences sont en cours avec l'économie sociale et solidaire, le micro-crédit, le financement solidaire, les SCOP (sociétés coopératives et participatives) et doivent être enrichies – formation, financement, gestion, souplesse juridique.

Il ne faut surtout pas détruire l'esprit d'entreprise, il faut lui donner un sens plus large. Un premier objectif serait de créer une économie hybride, dans laquelle l'entreprise solidaire viendrait concurrencer l'entreprise traditionnelle et offrirait un choix véritable pour les consommateurs, en termes de mode de production mais aussi de mode de vie.

Mais si l'on veut " encastrer " toute l'économie dans son milieu social et environnemental, la question essentielle est celle de l'évaluation. Mesurer, c'est gouverner. Les Nations unies, à l'initiative d'Amartya Sen, ont élaboré en 1990 l'indice de développement humain (IDH), qui intègre l'espérance de vie, l'état de santé de la population, son taux de scolarisation…, et remet en cause le monopole du PIB. Le concept d'externalité a débouché sur une véritable comptabilité environnementale qui évalue la valeur d'usage d'une richesse naturelle ou le coût complet d'une production (coûts financiers mais aussi sociaux et environnementaux), donc son utilité pour la société.

La mutation ici esquissée peut paraître ambitieuse, elle est surtout nécessaire. C'est la finalité humaine et -écologique de l'économie qui doit -déterminer les politiques et les réformes. Sinon, nous risquons de nous -enfermer dans une " marchandisation du monde " qui réduit l'être humain et détruit la planète. Les civilisations ne meurent pas d'assassinat, mais de suicide.

Par Philippe Vadjoux

#CAL

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